Accompagner jusqu'au dernier souffle



Horace Bujold avait 90 ans. Il vivait depuis quelques années avec un cancer de la prostate. Toute sa vie, l’homme avait été très autonome. Il habitait un petit appartement dans une résidence pour personnes âgées et conduisait encore sa voiture quelques semaines avant sa mort.


Quand tout se bouscule…

L’automne dernier, l’état de santé d’Horace se détériore. L’urologue informe la famille que le cancer ne répond plus aux traitements et que des métastases se sont propagées au niveau des os. Afin de prendre soin de son père, Isabelle lui propose à plusieurs reprises de s’installer chez elle. Mais Horace refuse à tout coup, préférant demeurer dans son intimité.


Le vendredi 23 octobre 2020, Horace est hospitalisé pour une crise d’angine. Il se retrouve seul aux soins intensifs, sans possibilité de recevoir la visite de sa fille en raison de la pandémie. Dans les 24 heures qui suivent, il est victime de deux autres crises.


Le lendemain, l’état d’Horace se stabilise et Isabelle réussit à le joindre sur son cellulaire.


« Isabelle ! Le médecin vient de passer, annonce Horace. Il me donne mon congé demain et je m’en vais vivre chez vous ! »


« Dès que mon père est arrivé chez moi, j’ai compris l’ampleur de la situation », explique Isabelle. Horace est en fin de vie. Il se sent très faible et a de la difficulté à marcher. Il a besoin d’aide pour se rendre à la salle de bain. Tout effort physique provoque chez lui des symptômes d’angine. Heureusement, Isabelle est là pour prendre soin de lui.


Accepter le massage et l’accompagnement

Les semaines passent et Horace s’affaiblit. Tous les jours, Isabelle le masse pour lui faire du bien. « Au début, c’est moi qui lui offrais de le masser, explique-t-elle. Il acceptait, mais il était un peu mal à l’aise parce que je m’occupais aussi de lui. »


Les massages se poursuivent quotidiennement, mais jamais à la demande d’Horace. Puis, un soir, alors qu’ils soupent tranquillement, Horace lance à Isabelle : « Je comprends maintenant les gens que tu masses ». À partir de ce moment, le malaise de recevoir un massage disparaît. Tant qu’Isabelle le masse, il se laisse faire. Il en vient même parfois à demander lui-même à sa fille de lui frotter les pieds ou de lui toucher la tête.


Calmer et rassurer grâce au toucher

Isabelle est massothérapeute en soins palliatifs depuis maintenant quatre ans. Elle constate que le massage apporte bien plus qu’une détente à celui ou celle qui fait face à la mort. « Le massage réconforte, calme et rassure les gens, souligne-t-elle. Il fait en sorte qu’ils ne pensent pas au stress de la fin de vie. »


Le massage en soins palliatifs peut faire une réelle différence autant pour la personne qui le reçoit que pour les proches qui l’accompagnent. « Le massage permet à la personne de ressentir des sensations agréables plutôt que de la peur, explique la massothérapeute. Quand ta mère ou ton conjoint s’en va dans des conditions détendues, le deuil est plus facile. » Et cette différence, Isabelle en a été témoin à plusieurs reprises.


Le massage encourage aussi les échanges vrais. Il permet aux gens d’exprimer leurs craintes. « Le massage est favorable au partage, constate Isabelle. J’ai eu beaucoup de confidences en massant. »


Des échanges, Isabelle en a eu plusieurs avec son père pendant qu’elle le massait dans ses dernières semaines de vie. Ils parlaient notamment de la mort. « Tous les jours, on se disait comment ça allait se passer, se rappelle la massothérapeute. Sa main serait dans la mienne quand il allait mourir. »



Partir dans la douceur

Isabelle a eu la chance d’accompagner son père lorsqu’il est parti. Horace a reçu une sédation palliative au domicile de sa fille. Dans l’heure précédant le décès de son père, Isabelle l’a massé en utilisant des huiles essentielles de départ. Elle lui a mis de la musique à l’oreille et déposé son chapelet près de lui.


Horace s’est éteint doucement le 7 décembre 2020, la main dans celle de sa fille, bercé par la chaleur et le calme du massage.






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